À hauteur d'homme
 
Cette semaine aux projections libérantes de la Casa Obscura
À HAUTEUR D'HOMME de Jean-Claude Labrecque documentaire, 2003, couleur, 105 min., Québec | | « À hauteur d’homme », documentaire filmé caméra à l’épaule, est la chronique cinématographique des dernières semaines du gouvernement de Bernard Landry. Comité de stratégies, réunions à huis clos, rencontres de cabinet, "À hauteur d’homme" plonge dans l’univers intime de Bernard Landry et offre un regard d’une proximité exceptionnelle sur le déroulement de la dernière campagne électorale. Jean-Claude Labrecque a capturé des images au cœur de l’action, là où, en général, on exclut les caméras. Bernard Landry se livre au cinéma direct comme aucun autre homme politique ne l’a fait avant lui. "À hauteur d’homme" propose une allégorie contemporaine sur l’exercice du pouvoir. | « Par-delà le combat des chefs, des partis et des idées, la dernière campagne électorale a été une épreuve de force entre les journalistes politiques et Bernard Landry. Celui qui se qualifie d'«esclave de l'information» a été talonné, mais aussi angoissé par les journalistes, comme tend à le démontrer le film du réalisateur Jean-Claude Labrecque, "À hauteur d'homme", qui sort en salle vendredi. «C'est leur joie. Ils vont passer 30 jours à essayer de persécuter trois hommes politiques qui ont le courage de se présenter. Il y a seulement un métier noble, le leur, dans leur tête.» C'est avec ce commentaire caustique que Bernard Landry, 24 heures après le déclenchement des élections, critiquait les journalistes politiques qui allaient le suivre pour rendre compte de la campagne électorale. Le ton était donné. Si durant trois mois Jean-Claude Labrecque a suivi Bernard Landry, un micro accroché au veston, dans ses moindres activités politiques et ses réunions stratégiques, le réalisateur a choisi de présenter uniquement la joute oratoire entre M. Landry et les journalistes. Du coup, les rencontres avec les partisans et les discours aux militants ont été mis de côté. «C'était un peu la cassette. Ce qui était intéressant et ce qui était une découverte pour moi, c'était le jeu de bras de fer qui se jouait entre les journalistes et M. Landry. Il en parlait à l'extérieur des points de presse. C'était son angoisse, surtout que c'était une campagne complètement destinée à la presse», a raconté hier M. Labrecque après le visionnement de presse. Avec un scrupuleux respect de la chronologie des événements, le document lève le voile sur les dessous de la campagne péquiste. On y voit d'abord une campagne qui roule bien avec un Bernard Landry bon enfant. Le caractère bouillant du premier ministre est dompté. Les messages officiels avec les engagements sont lus. M. Landry paraît inébranlable. Mais derrière cette image de sérénité qu'il adopte devant les caméras, Bernard Landry explose. On le voit s'emporter avec ses proches conseillers contre un journaliste parce que le Parti québécois a coulé la plate-forme électorale à un concurrent. Malgré cette manoeuvre, le chef péquiste fait une colère devant ce «métier de vicieux» et en appelle au respect de l'humain, «fût-il premier ministre». Son entourage lui confirme que les journalistes ne cherchent qu'une chose: le faire sortir de ses gongs. «C'est vraiment un métier de tordu. Regardons les choses en face. Parce qu'il n'a pas eu l'affaire et que c'est son confrère qui l'a eue, il est en furie et il tape sur le chef du gouvernement national du Québec. Ça me scandalise», lance M. Landry avant de se rendre, tout sourire, à son point de presse quotidien. Tout ce qu'écrivent ou disent les journalistes semble être matière à critique. On identifie les journalistes qui représentent un «danger». On analyse tout et, surtout, les attachés de presse placés dans les autobus des médias rapportent tout: un tel dit ceci, une telle pense cela. Mais l'affrontement devient véritablement féroce après la tenue du débat des chefs. Dès lors, l'entourage de M. Landry décidera de réduire le temps accordé aux questions des journalistes. «On ne leur donnera pas de chance», souligne l'attaché de presse de M. Landry, Hubert Bolduc. Mais Bernard Landry est inquiet de voir ses messages escamotés. «Ils vont saboter notre campagne», fait-il valoir. C'est que le débat des chefs a été un tournant dans la campagne électorale. Et le documentaire montre bien la tension qui a précédé l'événement. Puis, le tapis glisse sous les pieds de M. Landry alors que Jean Charest, lui, jette à la figure les propos controversés de Jacques Parizeau sur les communautés culturelles et l'argent. Les images sont percutantes. La tension de l'équipe qui entoure Bernard Landry est palpable: M. Landry ne s'en remettra pas. En sortant du studio, l'homme est défait et il le dit. «J'aurais aimé faire mieux.» Dans son entourage, on cherche à contrôler les dommages produits par la sortie de l'adversaire libéral. Mais le casse-tête avec les journalistes s'envenime. À compter de ce moment, c'est la descente aux enfers. Bernard Landry, sur la défensive, est bombardé de questions. Il ne reste que deux semaines à la campagne électorale et le chef péquiste sent que les dés sont jetés. «Je fais juste mon job. Je le fais du mieux que je peux. Et le plus tôt que je pourrai "calicer" mon camp à l'UQAM, le mieux ce sera», confie-t-il alors à ses conseillers qui l'accompagnent dans sa tournée du Québec. Mais l'homme passionné bataille encore contre les journalistes. On le voit ici au téléphone dénoncer «la propagande honteuse» de Radio-Canada. Et là, sur un ton excédé, donner un coup de poing dans un mur à cause d'une interprétation qu'un journaliste fait de son discours. «Ostie. J'en ai plein l'cul des soi-disant professionnels de l'information», clame-t-il. Puis Jean-Claude Labrecque nous fait vivre les derniers moments de la campagne. L'émotion est entière. Le jour du vote n'est pas une belle journée pour Bernard Landry, qui a l'oeil triste. Mais il prend le téléphone et félicite chaleureusement Jean Charest pour sa victoire. «Je ne me sens pas triste ni déshonoré», lui dira-t-il. La guerre se termine comme elle a commencé, sans commentaire du réalisateur mais avec un point de vue. «Ça ne m'intéresse pas de faire du documentaire de type éditorialiste. Je trouve que les gens sont assez grands pour juger et M. Landry est capable de soutenir ça tout seul [...] J'ai toujours fait des films avec mes intuitions», a expliqué Jean-Claude Labrecque, qui soutient que ce genre de film est difficile à faire parce qu'il ne faut pas trahir les choses. » - Kathleen Lévesque, Le Devoir, 3 septembre 2003 | | Pour visionner un reportage de TVA sur la sortie du film, cliquez ici | | Désolé pour l'envoi tardif... Au plaisir ! Richard Brouillette CASA OBSCURA 4381, avenue Papineau (coin Marianne) 514.527.0592 http://www.casaobscura.org/ |
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