Jeudi, 3 mai 2007
Numéro 28

Simple décroissance volontaire

Simple décroissance volontaire

Salut camarades foulosophes,

La décroissance économique, c'est la Simplicité Volontaire de Serge Mongeau et autres sages. Voici un extrait d'une conférence de Serge Mongeau.

Bonne réflexion!

Fousoi


 

Ce n'est pas qu'une responsabilité ou un devoir, passer à la simplicité volontaire, c'est un choix pour devenir plus heureux. C'est un choix pour revenir aux vraies valeurs : passer à l'être par rapport à l'avoir, à la qualité par rapport à la quantité, à la solidarité par rapport àl'individualisme, à la participation par rapport à la compétition, à l'autonomie par rapport à la dépendance.


Comment faire ça ?

Je n'ai pas l'intention de vous donner de recettes mais il y a une foule de trucs. Globalement, il s'agit d'organiser sa vie pour travailler moins et, dans le temps qu'on récupère, faire certaines activités qui vont faire que ça va nous coûter moins cher pour vivre. Donc, c'est un peu lancer la roue de l'autre côté de la consommation.


Par exemple, faire un potager ou faire sa couture ou sa cuisine, ça prend du
temps mais tout cela peut diminuer nos besoins budgétaires. Ce qui est
important, c'est la volonté de s'en aller dans cette direction-là, c'est
l'esprit. Ce qu'il faut comprendre c'est qu'à mesure qu'on fait des pas dans
cette direction, ces pas nous font découvrir d'autres choses.


L'autre jour en conférence j'ai reçu le témoignage d'une dame qui demeure à
Montréal, travaille à Chateauguay et joue au bowling à St-Hubert. Elle s'est
demandé si elle serait capable de vivre sans automobile. Elle s'est donné un
mois, sans vendre l'auto tout de suite, pour vérifier si elle pouvait s'en
passer avant de prendre sa décision. Elle a laissé l'automobile devant la
porte et a commencé à prendre l'autobus. Elle a constaté qu'elle a repris
goût à la lecture parce qu'elle a le temps de le faire dans les transports
et, comme le soir elle a le goût de poursuivre le livre commencé, elle
écoute moins la télévision, et ne s'en trouve que mieux. Puisqu'elle marche
davantage de chez elle au métro, de l'autobus au travail et vice versa, elle
se sent plus en forme et son bowling s'est amélioré. Finalement, elle avait
trouvé beaucoup d'avantages en plus du fait que ça lui coûte beaucoup moins
cher que d'entretenir une auto.


Un de mes amis qui a été très malade a dû, suite à un repos complet,
retourner au travail d'abord à temps partiel. Quand il a été suffisamment en
forme pour retourner à temps plein, il s'est rendu compte qu'il avait réussi
à ajuster son niveau de vie au revenu d'un temps partiel et qu'il s'en
trouvait en général plus heureux avec plus de temps à lui pour faire tout ce
qu'il n'avait pas le temps de faire avant. Il a donc décidé de demeurer à
temps partiel.


Un exemple dans ma vie : j'écris et j'aimais beaucoup lire les journaux mais
au bout d'un an ça coûte assez cher. J'ai demandé à une voisine qui recevait
les journaux si, après les avoir lus, elle pourrait me les garder et que je
passerais de temps en temps. Au bout d'un certain temps j'ai découvert que
je n'y allais pas aussi souvent que j'aurais pensé mais j'ai découvert aussi
que lire les journaux après plusieurs jours est une façon différente de les
lire. Je les lis en commençant par les plus récents donc j'ai déjà la fin de
l'histoire et je n'ai pas besoin de lire tous les articles précédents. Les
articles de fond qui sont essentiels, ils y sont toujours, et le monde
continue à tourner même si je ne suis pas au courant chaque jour.
J'ai un grand potager. Les avantages sont multiples : en plus d'avoir de
bons légumes, ça me permet le contact avec la nature, ça me permet de faire
de l'exercice.


J'ai également quelques couples d'amis qui, ayant des enfants, se sont
demandé comment organiser le temps avec les enfants. Devaient-ils confier la
garde des enfants à la télévision, comme plusieurs, ou comment s'organiser ?
Ils ont décidé de systématiser la garde : le lundi, tous les enfants se
retrouvent chez l'un, le mardi, c'est chez l'autre. Ça permet de dégager la
mère de famille et, en plus de ne pas payer de garderie et de socialiser les
enfants, ça tisse des liens entre ces couples qui vivent une expérience de
solidarité.


Donc, chaque fois qu'on pose des gestes dans ce sens, ces gestes entraînent
toutes sortes d'effets secondaires bénéfiques.


Il y a des étapes dans cette approche. La première étape est sûrement de
réfléchir, de se poser des questions.


Qu'est-ce que je fais de ma seule vie ?


Qu'est-ce qui m'empêche de faire aujourd'hui ce que j'aimerais faire à ma
retraite ?


Qu'est-ce que je vis actuellement et qui ne reviendra jamais ? en
particulier avoir de jeunes enfants. Souvent pour que les enfants ne
manquent de rien, les parents travaillent comme des fous, inscrivent les
enfants à toutes sortes d'activités. Il manque l'essentiel : passer du temps
ensemble.


Quand je mourrai, qu'est-ce que j'apporterai avec moi ?
Quand je serai mort, qu'est-ce que je voudrais que les gens disent de moi ?
Que j'étais celui qui avait la plus belle tondeuse sur la rue, la plus belle
auto ou que j'étais quelqu'un de bien, quelqu'un qu'on aimait ?
Quand on a réfléchi et décidé de prendre certaines mesures, il y a des
moyens concrets qui se présentent. Certaines dépenses peuvent être coupées
et l'ACEF aide les gens dans ce sens-là.


Par exemple la deuxième auto ou même l'auto, car certains organismes
existent pour permettre de partager le coût d'une auto, tout en permettant
d'y avoir accès au besoin comme COMMUNAUTO, une coopérative d'autos. Les
agences de location existent pour les besoins occasionnels. Pour ce qui est
du téléphone aussi, combien de gadgets inutiles on peut éviter.


Deuxièmement, couper dans le crédit est essentiel également, pour ne pas
payer deux fois la valeur des objets qu'on achète. Il faut commencer à se
dire " J'achèterai cela quand j'aurai les moyens de le payer comptant ". Un
truc pour s'aider c'est de commencer, tout comme on dit de tourner sa langue
sept fois avant de parler, à prendre sept jours avant de procéder à un
achat. Vous allez voir qu'il y a bien des choses que vous n'achèterez pas,
que ce soit tel disque, tel livre...


Troisièmement, échapper à la propagande. On est martelé par la publicité, il
ne faut pas s'illusionner, cette publicité est efficace. Ce n'est pas pour
rien que les entreprises y investissent autant d'argent. On a calculé qu'en
moyenne, chacun d'entre nous est exposé à 1500 messages par jour par la
radio, la télévision, les affiches, les revues, partout dans les rues sur
les commerces eux-mêmes, les toilettes, internet... Un des moyens d'y
échapper est certainement de mettre un terme à la télévision.


Je n'ai pas une très bonne opinion de la télévision, comme vous pouvez le constater dans mon livre. Beaucoup de gens me disent qu'il y a des bonnes
choses à la télévision mais d'après mon expérience, l'information n'y est
jamais complète parce ce médium coûte cher donc on compresse, on ne tolère
pas les nuances. Pour ma part, je n'ai pas de télévision depuis 10 ans et je
ne m'en porte que mieux. Bien sûr je ne peux pas tenir une conversation sur
le dernier épisode de " La Petite Vie " mais je pense que j'ai d'autres
sujets qui me permettent de discuter avec les gens.


Il est important de choisir aussi nos relations. Si on côtoie des gens très
consommateurs avec qui c'est toujours la tournée des grands ducs et qu'on ne
se sent pas encore très fort pour résister à ce courant, ça peut être bon
d'éviter de les voir pendant un bout de temps.


Il faut aussi se permettre des écarts. La simplicité volontaire ce n'est pas
l'ascèse, la pauvreté, c'est l'austérité joyeuse (comme disait Ivan
Illitch). On doit se permettre de temps en temps, en choisissant mieux, de
faire exception à nos règles, de se faire des fêtes qui deviennent vraiment
des événements. Tout est une question de choix.


Respecter les autres. On ne doit pas devenir des faces de carême, des
prêcheurs, des consciences ambulantes. Faisons ce qui est important pour
nous, épanouissons-nous, nous deviendrons des exemples.


Y aller progressivement. Quand on fait les changements de façon trop
radicale, il y a de fortes chances qu'on se décourage, qu'on abandonne,
qu'on se remette à consommer encore plus parce qu'on a eu le sentiment de se
priver. Allons-y selon notre rythme. Ce n'est pas une recherche de
souffrance. Il s'agit de se poser contstamment la question : est-ce que ce
que je vis actuellement me convient ?


Par contre, même en y allant progressivement, parfois il y a des sauts à
faire. Par exemple, si on laisse tomber l'automobile, c'est un gros
changement. Si on décide de laisser un emploi qui ruine notre santé et notre
équilibre pour en prendre un autre moins payant, c'est aussi un gros saut.
On peut s'y préparer pour se sentir prêt. C'est possible alors d'en assumer
la responsabilité et les conséquences qui ne sont pas toujours confortables,
qui sont insécurisantes.


Développer des solidarités. Il faut être capables de compter sur les autres.
Il faut cesser d'avoir peur de demander, ou d'utiliser sans remords les
mesures sociales qui sont là pour nous aider dans les périodes difficiles.
S'engager dans la société.C'est difficile de s'engager seul dans cette voie.
Plus nous nous doterons d'organismes communautaires dans ce sens, plus nous
pourrons nous permettre de vivre avec beaucoup moins. Plusieurs choses
peuvent se réaliser : ateliers de réparation ou de fabrication de meubles
communautaires, des jardins communautaires (s'il n'y en a pas assez, faisons
pression pour en avoir plus)...

 

Serge Mongeau 


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